DECOUVRIR LE VILLAGE 
Nouveaux Crespièrois
Carte de visite
Blason de Crespières
Quelques Chiffres
Plan de la ville
Archives municipales
Cadastre
Cartes postales
Nos rues et leur histoire
Anciens maires
DECOUVRIR LE VILLAGE

Nos rues et leur histoire


 Lieux-dits et non-dits

Nous allons chez notre boulanger rue du POTEAU-LOGE, chez le pharmacien rue de MONCEL. Près de l’église, nous trouvons la rue SAINT-MARTIN et la sente SAINT-MARTIN. Ces noms font partie de notre univers quotidien, et ce qui se passe aujourd’hui dans ces lieux familiers nous importe certes beaucoup plus que les noms en eux-mêmes.

Et pourtant, quelle densité de vie ils recèlent lorsqu’on parvient à décrypter ces noms quelquefois plus que millénaires, que le temps a souvent déformés, et toujours affadis.

Alors, prenons un instant une bonne carte ou le cadastre, et essayons d’entendre les mots murmurer leur histoire le plus souvent discrète et pudique.

Quelques-uns témoignent de familles aujourd’hui disparues. Tenez, par exemple, la ruelle NICAUD, qui conduisait de la grande rue à la maison de la famille Nicaud. Ce n’est que bien plus tard que cette ruelle en impasse sera ouverte. De même la famille AUGER est attestée au XVII ème siècle. Curieusement, la rue est appelée aujourd’hui la rue du « POTEAU LOGE », après avoir «été longtemps la rue du « POT AU LOGIS ». Déformation toute romantique, mais récente. Le poteau était la forme la plus rustique de bornage de propriété, et, pour se rendre à la maison du Sieur AUGER, on empruntait sans doute au XVI ème siècle la rue du POTEAU DE L’AUGER », puis par contraction la rue du « POTEAU-L’AUGER » (Cette appellation n’apparait pas dans les cadastres du XVIII ème). Il a été dit que ce poteau aurait été une potence. On ne trouve pourtant aucun élément confirmant cette hypothèse.
Le lieu-dit le « PRE-COQUILLE » était exploité en 1480 par un certain Colin Coquille, cultivateur. Autre nom de famille vraisemblable, CAUDRON (attesté dès 1163), qui sera déformé pour donner notre sente du « CHAUDRON ».
Sans en avoir de certitude absolue, nos nombreux lieux-dits BOISSY (Attestés en 1787 – chemin de, ariats de, source de …) proviennent sans doute du patronyme d’un propriétaire du XVIIème siècle. Toutefois, c’est un nom de lieu, et un patronyme très fréquents dans la toponymie régionale, qui provient du latin « buxus » (l’arbuste à feuillage persistant), qui a donné « bois », « buis », et qui désigne souvent une étendue d’arbustes ras sur sol pauvre.
Au moyen-âge, Crespières comportait les terres du fief de « SAUTOUR »(Attestation nobiliaire de Montfort, 1375). Il s’agit de notre « Grand château ». Le fief de SAUTOUR passe entre plusieurs mains, dont celles du sieur MILON (Attesté en 1660) Ce dernier acquiert des terres qui deviendront « la MILONNE » (Attesté en 1890), sur la côte des Flambertins.
Certains noms font référence à une activité précise.
Quand on parle du chemin du TROU CUSSOT (CASSOT au XVIème), on parle bien sûr de la famille CASSOT, mais on y associe l’activité de la famille, puisque l’existence d’un trou est la plupart du temps lié à l’exploitation d’une carrière, soit près de l’actuel cimetière, soit en remontant sur les Flambertins. Il pourrait s’agir d’une des nombreuses exploitations de pierre meulière attestées dès le XIIème siècle, et encore très actives au début du XXème dans le cadre de la construction du métro parisien.
Nous savons qu’à Crespières, comme dans beaucoup de villages, on cultivait le lin et le chanvre pour pourvoir à l’habillement. Ces fibres étaient travaillées dans le village. Le produit intermédiaire, avant filature, s’appelait au XIIIème siècle la filasse, et la rue de la FILASSIERE (attestée en 1890) nous donne une bonne idée de la localisation de cette activité, dans une zone ou coulaient plusieurs rûs, aujourd’hui canalisés pour franchir la RD 307, mais qu’on retrouve dans le parc du château.
La rue du GRAND TROU menait très vraisemblablement à une autre petite carrière, car le « grand trou » que nous connaissons aujourd’hui ne pouvait pas être un abreuvoir, puisqu’il n’y avait pas de rivière, et qu’il ne pouvait donc pas y avoir d’eau de façon permanente.
Le chemin du FOUR A CHAUX est très explicite. Le calcaire se trouve dans les carrières des moulins, de l’autre côté de la RD 198 (Autrefois liaison gallo-romaine entre Chartres et Poissy). Et puisque nous en sommes aux matériaux de construction, comme dans presque tous les villages, Crespières disposait de ses propres carrières de sable et de graviers, qui nous ont laissé « LA SABLONNIERE » (attesté en 1787) ou « LES GRAVIERS » (attesté en 1900). N’oublions pas bien sûr la « BRIQUETTERIE » sur la RD 307, de l’autre côté du château, et ou le bois arrivait par le chemin de « POISSY ». Beaucoup de villages disposent d’un lieu-dit « la briquetterie », car on ne pouvait pas, économiquement, faire venir de briques de construction de plus de 20 kilomètres. Il fallait faire avec l’argile du pays.
Nous trouvons plusieurs lieux-dits « LA GARENNE ». Attention, à l’origine, une garenne n’était qu’une chasse ou un lieu de pêche réservé, par exemple la « GARENNE DE WIDEVILLE ». Elle ne concerne nullement le lapin, contrairement à la « GLAPINERIE », ou on entendait « glapir » les portées de renardeaux.
Il est toujours émouvant de retrouver le lien entre certains noms et l’histoire même de notre village. Pour cela, il est utile de se rappeler la situation géographique initiale de Crespières. Le village est bâti à flanc de coteau, à hauteur des sources ( plus d’une vingtaine), sur l’ancienne voie de communication de Poissy vers Chartres, capitale du pays des Carnutes dont Crespières constituait la frontière Nord. (Crête des Flambertins).
La RD 307 est plus récente. Jusqu’au XVIème siècle, il existait un chemin qui venait de Paris par le tracé de l’ancienne 307 (avant mise à 4 voies), jusqu’à Feucherolles, puis longeait la clôture Nord du parc de Wideville, et rejoignait Crespières au carrefour de la rue de Paris et de la route du stade, puis traversait le centre village.
Ce chemin a disparu, mais le lieu-dit « LE CHEMIN DE PARIS » a subsisté. C’est le grand champs entre le terrain de foot et la ferme de l’Aunaie. Jusque dans les années 1970, il demeurait au milieu de ce champs un calvaire portant médaillon de l’Ordre de Saint-Louis, qui témoignait du passage du chemin. Ce calvaire (classé) a été déplacé et se trouve maintenant à l’entrée du chemin d’accès à Wideville.
Revenons à la traversée de Crespières par le chemin de Paris. Il remontait jusqu’au prieuré Saint-Benoît (la ferme), puis empruntait le chemin du Poteau l’Auger, puis la rue du « CHENE ». Qui ne se souvient pas des images d’Epinal de Saint Louis rendant la justice sous son chêne, à Poissy tout proche. C’était à l’époque courant : La justice locale était tenue par le Seigneur local, hors la ville, sous un chêne symbolique. C’est plausible, mais pour notre rue du Chêne, aucun document ne l’atteste ; nous avions peut-être là notre « Chêne de Justice ».
Restons avec les témoins de la vie administrative, et descendons la route de Neauphle.
A la sortie du village, nous avons le lieu-dit « LA PIECE A BAILLY ». Or il semble qu’il s’agisse d’une erreur de transcription. Le bailli n’avait pas de terre à Crespières. Par contre, le cadastre de 1787 nous apprend que cet endroit s’appelait a « PIERRE A BAILLY »(attesté en 1787). Et là, tout s’explique. C’est là que le Bailly, c'est-à-dire la Gendarmerie Royale, prélevait l’impôt sur les marchandises en transit sur l’axe Nord-Sud. Mais, direz-vous, pourquoi pas sur l’axe Est-Ouest ? Et bien , rappelons nous que l’axe Est-Ouest passait par la rue du chêne, et continuait tout droit en traversant l’actuel chemin aux boeufs en direction de Maule. Au bout de la rue du Chêne, après « les Tilleuls » (Appellation récente), on traverse le lieu-dit « LA BARRIERE SAINT-MATHURIN » Le sens de « barrière » est identique : Il s’agit d’un octroi ou d’un point de contrôle. Le « CHEMIN AUX BŒUFS » semble avoir été tracé assez tardivement, peut-être fin XVIIème, pour permettre aux troupeaux de bœufs normands de rejoindre l’important marché aux bestiaux de la ville de Poissy.
Autres témoins de l’histoire, ces pièces de terre sans nom que l’administration royale a réattribuées. Aux lendemains des grandes pestes, en particulier celle de 1348, et après la guerre de cent ans, des familles entières sont décimées. La population a diminué de près de 40%, et les terres sont abandonnées, sans héritiers connus. A la suite de ces périodes funestes, ces terres sont réaffectées, et gardent le nom par lequel l’acte de vente les désignait : les « 36ARPENTS », les «7 ARPENTS ». Un peu plus tard, durant les guerres de religion, le même phénomène se reproduit, après décès, émigration ou confiscation : « LA GRANDE PIECE ».
Au Sud de Crespières, les guerres de religion laissent une autre trace : Le lieu-dit « LES HUGUENOTTES » (attesté en 1890), correspond très vraisemblablement à une cache, sans doute souterraine, utilisée par certains « Réformés ». Très curieusement, à proximité des « Huguenottes », nous trouvons « L’ HEURT DE L’EPINE » (Attesté en 1890), un toponyme intéressant, puisque, le plus souvent, l’épine correspond à une cache, camouflée dans des buissons épineux, généralement vers le XVIème siècle. C’est avec le « heurtoir » qu’ on signalait sa présence. On se trouve là aussi devant la mémoire d’une cache souterraine sans doute huguenotte.
Au « NOYER VITRY » (attesté en 1890), nous trouvons l’arbre, aujourd’hui disparu, qui bornait la propriété de la famille « DE VITRY », que nous retrouvons régulièrement dans l’histoire de Crespières des XV et XVIème siècles, et dont il a été retrouvé il y a quelques années une pierre épigraphique gravée en 1576, restaurée en 2004 et remise en situation dans l’église Saint-Martin.
Lorsqu’on étudie le cadastre actuel, on ne peut que constater le très grand morcellement de la zone du versant Sud du plateau des Alluets, aux alentours de Croix-Marie.
Sur cette zone bien exposée et humide, les familles de Crespières cultivaient des potagers individuels et des vignes. Les successions ont réduit les parcelles divisées dans le sens de la longueur pour préserver les accès. On divisait par « fer de bêche », et on arrive donc à des parcelles très étroites et très longues, ce que nous indiquent « LES LONGS PRES » (attesté en 1787). Peut-être la parcelle la plus élevée et la mieux exposée était-elle la première illuminée par le soleil levant, « BLANC-SOLEIL » (attesté en 1787). En face de Blanc-Soleil, de l’autre côté de la route des Alluets, la CROIX-MARIE (attesté en 1890), constitue sans doute une limite de propriété, qu’il est difficile de localiser, car la croix a été déplacée à plusieurs reprises. Elle se trouve aujourd’hui de l’autre côté de la Route à l’entrée de la Résidence de Croix-Marie.
Si notre rue principale, la « RUE DE MONCEL » semble attester sa situation géographique de « côte vers un petit mont », la « RUE DU PIEGE » mérite qu’on s’y arrête. Rappelons-nous qu’avant le XVIIème siècle, la RD 307 n’existait pas, ou peu, et ce chemin montait directement dans la forêt, après la rue de la Filassière. Jusqu’à la guerre de cent ans, il subsistait des loups dans notre région, et les paysans traquaient ces prédateurs souvent jugés « diaboliques ». On posait donc des pièges à l’orée de la forêt. Lorsqu’un loup était pris, il était mis à mort, ce qui donnait lieu à des réjouissances, et le plus souvent pendu, après un « simulacre » de procès. Le « CHEMIN DU PIEGE » conduit donc tout naturellement au lieu-dit « LE LOUP PENDU ».
Avant la rue du piège, la rue de la VAUVERDERIE n’est attestée que récemment. L’étymologie en fait la rue du val vert. On sait que par erreur, son emplacement a été inversé par rapport à la rue de la Sançonnerie, elle aussi non attestée avant 1900.
Dans l’appellation « LE MOULIN DE LA BONDE » (attesté en 1366), le mot bonde un mot gaulois issu de l’indo-européen qui signifie «marécage » ou « terrain marécageux ». C’est son sens du XVIIème siècle, les autres sens étant tous postérieurs. Vers la fin du XVII au XVIIIème siècle, le cours du rû de Gallie est régulé, et on peut alors y construire des moulins à eau (17 entre Saint-Cyr et Beynes). Ces moulins à eau remplacent alors ceux à vent ou nous conduit encore aujourd’hui la « SENTE DES MOULINS ».
Mystère autour de la « RUELLE DE CARROUGE », attestée en 1622. Carrouge signifie « carrefour » ; mais quel est le carrefour visé ?
La première attestation des « FLAMBERTINS » date de 1266, sous le vocable de FRAMBERTINS, peut-être le nom d’une famille de cultivateurs, mais sans lien avec un quelconque incendie, à l’inverse de l’explicite « MAISON BRÛLEE » attestée 600 ans plus tard (1890).
Le nom du château de WIDEVILLE pourrait provenir d’un compagnon de Guillaume le conquérant (1066), Hugues de Guideville, qui aurait perdu le G, puis aurait donné « UDEVILLE », et VIDEVILLE en 1366. Le patronyme final Wideville existe aussi en Angleterre.
L’emplacement d’une église n’est jamais le fruit du hasard. La plupart du temps, les lieux de culte druidiques étaient christianisés et rebaptisés. Or on sait l’importance des sources dans la culture gauloise. Notre discrète « FONTAINE SAINT-MARTIN » pourrait bien être le berceau du Crespières Gaulois, christianisé vers le début du VIème ou VIIème siècle, et autour duquel nos lointains ancêtres allaient articuler un monastère dont il ne reste que quelques pierres, puis notre église SAINT-MARTIN, ainsi que la « SENTE SAINT-MARTIN ».
Dans de nombreux villages, on trouve une rue de la procession. Cette rue représente le circuit par lequel on menait en procession les reliques en chantant et en jouant des jeux de rôle appelés « Mystères ». Nous n’avons pas de rue de la Procession, mais nous pouvons reconstituer l’itinéraire de ces processions par la rue de l’ENFER et la rue du PARADIS.

Les informations qui précèdent sont de deux ordres :
Celles qui résultent d’attestations : Les dates d’attestation sont issues de documents réels dûment authentifiés. Mais un lieu-dit attesté par un document écrit, par exemple le terrier de 1787 peut avoir existé plusieurs siècles auparavant.
Les autres informations sont des interprétations , et sont donc plus aléatoires. Il convient d’être prudent. La « rue du Chêne » peut aussi signifier autre chose que l’interprétation exposée. Toutefois, statistiquement, et s’il n’y a pas eu de déformation du toponyme, il s’agit d’interprétations plausibles, souvent parce que conformes à d’autres cas eux-mêmes attestés. Par exemple, la rue du piège se terminant par le lieu-dit « le loup pendu » a un degré de certitude assez bon, car c’est un cas de figure qu’on retrouve des centaines de fois en France. Il ne peut y avoir de certitude absolue que s’il y a attestation écrite, ce qui est rare.
Alors, si vous vous intéressez au sujet, et que vous ayez des informations, ou même des interprétations intéressantes, faites les partager.

Philippe ARNOUX
Avec la collaboration de Monsieur et Madame ESCANDE, Histoire locale de Saint-Nom la Bretèche, et de Francis Astier, Crespières.
Cet article est une réédition corrigée d’une première parution en 2002.
Le terme « attesté en xxx » indique la date à laquelle un toponyme est attesté pour la première fois par un document écrit authentifié, par exemple acte notarial ou « terrier »

ACCUEIL - DECOUVRIR LE VILLAGE - LA MAIRIE - CADRE DE VIE - VIE QUOTIDIENNE - LOISIRS - ECONOMIE
© Mairie de CRESPIERES - Petit village des Yvelines où il fait bon vivre
Mentions légales